L'atelier, le luthier, sa philosophie

| Le luthier et ses idées

Trouver sa voie et coller a ses idées

Je m’appelle Mathieu, bassiste passionné et amoureux de rock et de metal depuis toujours. Après un détour par l’informatique, j’ai choisi de me rapprocher de mes deux véritables passions : le bois et la musique. J’ai d’abord travaillé comme facteur d’orgues, puis peu à peu, j’ai commencé à fabriquer, réparer et régler des guitares et des basses pour moi et mes proches. En 2022, cette passion est devenue réalité avec la naissance de mon atelier : Luthem

Chez Luthem, je m’engage pour une lutherie respectueuse de l’environnement. Je privilégie les bois locaux, et les essences exotiques proviennent uniquement de stocks anciens ou de chutes revalorisées. Je remplace le plastique par du bois, du métal au maximum et je n’utilise que des finitions naturelles : huiles, cires et vernis gomme-laque.

Mes premières créations étaient inspirées des modèles iconiques de la guitare et de la basse. Mais avec le temps, j’affine mon style et je développe ma propre identité visuelle. Aujourd’hui, je travaille sur plusieurs prototypes qui marquent une nouvelle étape : des modèles 100 % signés Luthem.

| Les Bois

Choisir des bois adaptés, stables et traçables

La sélection d’un bois ne repose pas uniquement sur son essence ou son apparence. J’observe avant tout sa stabilité, son débit, son fil et sa capacité à répondre aux contraintes mécaniques propres à chaque partie de l’instrument.

Je travaille notamment le noyer, l’érable, l’aulne, l’alisier, le poirier, le pommier ou le frêne, pour n’en citer que quelques-uns. Les essences disponibles dépendent également des propositions de mon scieur et des bois que je peux trouver ou récupérer.

Une vieille armoire, un piano ou même un tonneau peuvent ainsi devenir la matière première d’un nouvel instrument. Chaque pièce est soigneusement examinée afin de vérifier sa qualité et son aptitude à être utilisée en lutherie.

Le stockage fait l’objet d’un contrôle constant. Plusieurs hygromètres mesurent l’humidité ambiante de l’atelier, maintenue entre 45 et 55 % à l’aide d’un déshumidificateur. Avant tout travail, l’humidité du bois est également contrôlée avec un humidimètre.

Certaines réparations ou restaurations nécessitent néanmoins l’emploi de bois exotiques, notamment pour respecter la construction d’un instrument ancien. Pour mes créations, ces essences proviennent de chutes de menuiserie revalorisées, de stocks anciens ou de bois issus de filières certifiées comme FSC.

Il ne s’agit pas d’écarter une essence par principe, mais de l’utiliser uniquement lorsqu’elle est pertinente, avec une attention particulière portée à sa provenance.

| Le manche

Stabilité et confort de l'instrument

Pour la fabrication des manches, je privilégie des bois débités sur quartier, plus stables face aux variations d’humidité et de température. J’utilise principalement de l’érable, du noyer, du frêne, du merisier, en fonction du projet, mais également des pièces disponibles dans mon stock ou auprès de mon scieur.

Les manches peuvent être monoblocs ou multiplis. Ils sont systématiquement équipés d’un truss rod double action, permettant de corriger leur courbure dans les deux sens et d’assurer un réglage aussi précis que possible de l’instrument.

Pour les touches, j’ai choisi de privilégier le bois plutôt que les matériaux composites comme le Richlite, constitué de papier compressé et de résine phénolique. Buis, noyer, cormier, poirier, pommier ou érable offrent de véritables alternatives aux bois exotiques.
Néanmoins, comme indiqué précédemment, je ne suis pas opposé à l’utilisation de bois exotiques tant qu’ils ne sont pas surexploités ou menacés.

Enfin, chaque profil de manche peut être adapté au musicien : profil "classique" (C, D, V etc), trapézoïdal, asymétrique ou entièrement réalisé sur mesure. Le confort de jeu fait partie intégrante de la conception.

| Les finitions

Protéger et mettre en valeur

Je n’utilise ni peinture ni vernis nitrocellulosique ou polyuréthane.
Je privilégie des finitions plus traditionnelles, mais aussi plus respectueuses de l’environnement. Appliquées en couches fines, elles protègent l’instrument tout en conservant un toucher naturel et en laissant apparaître le veinage du bois.


Lorsqu’une mise en couleur est souhaitée, j’utilise des teintes transparentes et non couvrantes. Le bois reste ainsi pleinement visible et participe à l’identité esthétique de l’instrument.

Selon le projet, j’applique des huiles de lin ou de tung, seules ou en mélange, ainsi que des préparations comme Vinnie’s Oil. De la cire d’abeille ou de carnauba peut ensuite renforcer la protection. Ces finitions ne produisent jamais un effet brillant ou miroir : leur rendu reste mat ou satiné, avec un toucher naturel.

Pour une finition vernie, je travaille également la gomme-laque au tampon. Cette résine naturelle, sécrétée par la cochenille à laque, est dissoute dans de l’alcool fin à vernir. L’alcool s’évapore lors de l’application pour ne laisser qu’une couche très fine de gomme-laque.

Les finitions peuvent aussi être combinées : un corps verni à la gomme-laque peut, par exemple, être associé à un manche huilé et/ou ciré.

Une finition à l’huile et à la cire nécessite un léger entretien au fil du temps. Les produits adaptés sont fournis avec chaque instrument neuf afin que le musicien puisse facilement préserver sa protection et son aspect.

| Les micros

Collaborer avec des artisans


Pour équiper mes créations, je privilégie des fabricants français spécialisés comme Euterpe Micros, Cecca Guitars et Hepcat Pickups.

Pour chaque instrument, j’oriente le musicien vers le fabricant qui me semble le plus adapté à son projet. J’échange ensuite directement avec celui-ci afin de définir le micro correspondant aux besoins du client : type de construction, aimants, niveau de sortie, équilibre entre les positions ou format particulier.

Lorsqu’un client sait déjà exactement ce qu’il souhaite — modèle, marque et caractéristiques précises — je peux naturellement intégrer son choix à la conception.

| L’accastillage et l’électronique

Des composants fiables et une électronique personnalisée

Pour l’accastillage, je sélectionne avant tout des composants précis, robustes et durables. Je travaille principalement avec des fabricants reconnus comme Schaller et Hipshot pour les mécaniques, chevalets et autres pièces métalliques.

En l’absence d’une offre française adaptée pour l’électronique, j’utilise des composants éprouvés : potentiomètres CTS, condensateurs Orange Drop, sélecteurs Oak Grigsby et prises jack Switchcraft.

Les cavités électroniques sont blindées au cuivre afin de limiter les parasites et les interférences. Chaque câblage est réalisé à l’atelier et adapté à la configuration de l’instrument.

Je propose également des circuits personnalisés selon les besoins du musicien : treble bleed, potentiomètre de tonalité no-load, killswitch...

L’ensemble est pensé pour être fiable, cohérent et facilement entretenu ou réparé.